01/09/2015

« Qu’est-ce que le Digital Labor ? » d’Antonio A. Casilli et Dominique Cardon

Antonio A. Casilli avec Dominique Cardon dressent un état des connaissances sur le Digital Labor. Cet ouvrage est le résultat d’un dialogue engagé en juin 2014 lors d’une séance des ateliers de recherche méthodologique organisés par l’Ina, animés par Louise Merzeau.

Par Digital Labor, nous désignons les activités numériques quotidiennes des usagers des plateformes sociales, d’objets connectés ou d’applications mobiles. (Qu’est-ce que le Digital Labor ?, p. 13)

Et si la publication d’un post Facebook ou une simple recherche sur Google se révélaient être des formes de « travail numérique » que nous accomplirions pour les grandes plateformes du Web 2.0 ?

Partager des contenus multimédias, évaluer une application mobile, payer en ligne… Des activités quotidiennes en apparence normales mais qui alimentent d’énormes bases de données monétisées par des puissantes entreprises contemporaines.

Le Digital Labor ou le travail implicite de tout utilisateur d’Internet est une production de valeur qui ne dit pas son nom. Cette notion a fait son apparition dans la recherche universitaire internationale au début de cette décennie.

Le présent ouvrage est le premier en langue française à analyser ce concept pour le mettre en résonance avec la pensée européenne.

Il met l’accent sur les questions que pose l’impact du numérique sur le monde du travail : où se situent les frontières entre temps de travail et temps de vie dans une société dont la connectivité est mise à profit ? Sur la toile, les concepts de « participation » et « contribution » n’occultent-ils pas une exploitation de milliards de travailleurs non rémunérés ? Quelles évolutions attendre d’une économie qui s’appuie de plus en plus sur le travail invisible des internautes ?

Derrière ces activités, une nouvelle conflictualité sociale se dessine. D’Amazon à Uber, les travailleurs précaires des grandes plateformes s’organisent. Leurs luttes se couplent avec les mouvements spontanés de simples utilisateurs et de contributeurs bénévoles qui demandent des meilleurs services, des conditions générales d’usage plus équitables et des systèmes moins prédateurs quand il s’agit de collecter leurs données personnelles. Face à ces phénomènes, les syndicats aux Etats-Unis et en Europe commencent à interroger les nouvelles formes d’un travail qui échappe à l’encadrement salarial mais qui constitue pourtant le pilier de la création de valeur pour les entreprises contemporaines.

À PROPOS DES AUTEURS

Antonio Casilli est maître de conférences en Digital Humanities au département SES de Télécom ParisTech, Institut Interdisciplinaire de l’Innovation (i3) et chercheur en sociologie au Centre Edgar Morin de l’EHESS où il dirige depuis 2009 un séminaire intitulé « Étudier les cultures du numérique ». Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ? (Seuil, 2010), ainsi que de Against the Hypothesis of the End of Privacy (Springer, 2014) avec Paola Tubaro et Yasaman Sarabi.

Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire SENSE/Orange Labs et Professeur associé à l’Université de Marne la vallée/LATTS. Il est l’auteur de l’ouvrage La démocratie Internet – Promesses et limites (Seuil, 2010), ainsi que de Médiactivistes (Presses de Sciences Po, 2010) avec Fabien Granjon. 

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