3/12/2019

Union européenne : un manque de visibilité médiatique préoccupant

Une étude INA et Fondation Jean-Jaurès

 
La Fondation Jean-Jaurès et l’INA dévoilent les résultats de leur nouvelle étude concernant la visibilité des institutions et de la politique européennes dans les médias. Rémy Broc, Rémi Lauwerier et Théo Verdier, experts associés à la Fondation Jean-Jaurès ont analysé le temps d’antenne à la télévision et à la radio, dédié aux questions européennes en 2016 et 2017, grâce aux données de l’INA. Le constat est sans appel : l’Union européenne bénéficie d’une visibilité limitée dans les principaux médias français. Le défi du cycle européen qui vient de s’ouvrir cette année est de renforcer l’information de la population française sur l’Union européenne et son fonctionnement. Les auteurs font des propositions concrètes pour améliorer la couverture médiatique des enjeux européennes.
 

  1. Un temps d’antenne très limité

 
Seuls 3% du temps d’antenne étudié des radios nationales, des chaînes d’information en continu ainsi que des journaux télévisés traditionnels ont été consacrés à l’actualité propre à l’Union européenne en 2016 et 2017. En d’autres termes, pour 1 heure de journal d’information diffusée sur les radios et télévisions nationales du panel, 1 minute 48 secondes concerne l’Union européenne et son actualité. 
 

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La radio constitue le média qui consacre la proportion la plus réduite de son temps d’antenne à l’actualité de l’UE, avec un ratio de 1,8%. Europe 1 est la première radio hexagonale avec un temps d’antenne de 2,3%, devant France Inter (2,2%) et France Info (1,8%).
 
Côté chaînes de télévision en continu, France 24 domine avec 6,3% de temps d’antenne consacré, devant CNews (2,6%), BFM TV (2,5%) et LCI (2,4%), soit un ratio moyen de 45 secondes dédiées aux enjeux communautaires pour un JT de 30 minutes.
 
Concernant les journaux télévisés traditionnels du soir, celui d’Arte dépasse largement ses concurrents avec 9,5% de temps d’antenne sur l’Union européenne. Suivent le 20 heures de France 2 (3%), le 20H de TF1 (1,7%), le 19/20 de France 3 (1,6%) et le 19:45 de M6 (1,2%).
 

  1. Des décideurs européens en manque de visibilité

 
Sur la période étudiée (2016-2017), le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, est de loin le responsable politique communautaire le plus médiatisé avec 55 prises de paroles dans les médias audiovisuels du panel. Il est suivi par Donald Tusk, président du Conseil européen (38 apparitions), Michel Barnier, négociateur du Brexit (21) et Pierre Moscovici, commissaire européen avec 17 apparitions.
 
Les députés européens français souffrent d’un manque de visibilité lorsqu’ils ne sont pas engagés dans la politique nationale. En effet, seuls Florian Philippot, alors vice-président du Front national, et Yannick Jadot, un temps candidat d’EELV en 2017, comptabilisent plus de 10 apparitions dans les sujets dédiés à l’UE de notre corpus..
 

  1. Deux thématiques dominantes dans les médias : le Brexit et les migrations

 
La précédente étude[1] des auteurs relevait qu’en 2018, trois dossiers clés avaient occupé près de 40% de la couverture des enjeux européens par les JT traditionnels. Il s’agissait du Brexit, de la politique migratoire ainsi que des relations avec les Etats-Unis.
 
Les données révélées aujourd’hui confirment la priorisation des sujets effectuée par les rédactions : en 2016-2017, le Brexit et la politique migratoire constituent les deux premiers enjeux européens traités par les journaux des radios nationales et des chaînes de télévision étudiées. Ils génèrent à eux deux près de 40% du corpus de mots-clés relatifs à l’Union au sein de la base de l’INA.
 

  1. Des solutions concrètes pour favoriser l’intérêt des affaires européennes

 
Les auteurs proposent une série d’améliorations à engager lors du cycle politique européen 2019-2024, autour du tryptique suivant :

  • proximité, pour renforcer les liens entre la vie publique nationale et européenne, notamment sur le plan linguistique ;
  • politisation, pour scénariser l’actualité politique européenne en France, via une meilleure articulation de la communication de la Commission européenne dans l’Hexagone et l’émergence de temps dédiés à la politique communautaire dans la vie parlementaire nationale ;
  • acculturation, pour renforcer la formation européenne des journalistes, parvenir au renversement des priorités éditoriales des rédactions, et travailler à la sensibilisation des acteurs relais sur le terrain (associations, élus locaux, etc.).

 L’intégralité de la note et des propositions sont disponibles sur le site de la  Fondation Jean-Jaurès

 

À propos de l’INA :
A partir de ses collections (radio, TV, web), de ses outils spécialisés (analyse de données transmédias) et ses activités de recherche dans les domaines des techniques audiovisuelles et numériques et des sciences humaines et sociales, l’INA s’impose comme véritable observatoire des médias. Son Baromètre des JT est un outil de suivi statistique de l’information télévisée proposant un ensemble d’indicateurs quantitatifs qui rendent compte du contenu thématique des JT diffusés par les 6 chaînes nationales hertziennes.
 
À propos de la Fondation Jean-Jaurès :
Première des fondations politiques en France, la Fondation Jean-Jaurès est reconnue d’utilité publique en 1992, date de sa création par Pierre Mauroy. Sa mission est, à court terme, d’influencer les politiques publiques par ses analyses et ses propositions, et, à moyen terme, de contribuer à repenser en profondeur, à l’échelle internationale, européenne et nationale, la social-démocratie.
 


[1] Voir “L’Union européenne, grande absente des journaux télévisés”, Fondation Jean Jaurès, mars 2019